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Montand
vu par Cinquini
Préface
La Côte d'Azur depuis toujours a
été l'Olympe fleurie où se retrouvaient artistes et rois ; Léopold II assurait sans
plaisanter que ces lieux bénis étaient une section terrestre du paradis. Les ombrages de
Saint-Paul-de-Vence ont abrité de célèbres silhouettes et le soleil du plein midi
dessinait parfois sur le sol du jeu de boules des ombres immenses. Celle de Montand est
devenue légendaire.
Le 29 mai 1949, au château de
l'Horizon, qui fait face aux îles de Lérins, se déroulait une union mythique, celle
d'Ali Khan et de Rita Hayworth. L'orchestre du Casino de Cannes au grand complet jouait
des mélodies blanches et bleues comme la Méditerranée quand, avant que n'apparaisse la
pièce montée, un jeune artiste, Yves Montand, vint interpréter quelques chansons en
vogue devant ce parterre de princes. Depuis ce temps, Montand a toujours été fidèle à
la Côte d'Azur ; Saint-Paul-de-Vence et la Colombe d'Or sont encore tout imprégnés de
sa voix, de ses rires, de ses gestes et de son extraordinaire présence.
Edith Piaf et Simone Signoret
ont, bien sûr, une place de choix dans la légende dorée qui entoure ce météore.
Personnalité aux multiples facettes, chanteur, comédien, acteur de cinéma ou de
music-hall, Montand n'aura cessé de nous étonner par la multiplicité de ses talents et
son éternelle jeunesse. L'homme Montand foisonnait de richesses intérieures ; plutôt
que d'évoquer ses engagements politiques parfois contestés, il convient de rappeler
certaines de ses actions qui, passées au tamis du temps, se révèlent être des
parcelles d'or. Montand signataire de l'Appel de Stockholm s'interdit ainsi pour longtemps
de tourner à Hollywood ; il n'hésita pas plus tard à se rendre en Espagne avec la
délégation qui tentait d'arracher la grâce de jeunes hommes condamnés à mort par le
régime franquiste agonisant. Montand et Signoret jetant systématiquement au panier
l'imprimé de demande d'attribution de la Légion d'Honneur qu'ils recevaient chaque
année, me semblent hautement sympathiques. Montand rieur, Montand ombrageux, Montand de
Paris, de New York, de Saint-Paul, sont différentes facettes d'un être dont personne
encore n'a fait le tour.
A Saint-Paul-de-Vence où il
avait établi ses quartiers d'été, Montand était intime du grand écrivain américain
James Baldwin, prophète du peuple noir, et de son compagnon Bernard Hassell. Les parties
de cartes au Café de la Place avec les villageois, de boules sous les platanes devant les
touristes, les repas à la Colombe, étaient aussi un spectacle donné sur les planches du
théâtre d'été où Montand jouait son rôle le plus difficile : celui de Montand...
Le photographe Alain Cinquini,
lui aussi ami de James Baldwin, a eu l'occasion de côtoyer Montand durant les vingt-cinq
dernières années de sa vie, fixant sur la pellicule des moments inoubliables et des
attitudes dignes des meilleurs films. Les très beaux clichés inédits qu'il publie
aujourd'hui sont un hommage à Montand, mais aussi le dernier coup de projecteur empreint
d'humanité que l'on pouvait donner sur cet artiste immense. Merci à Cinquini pour ce
clin dil qui ravive la légende.
Alain
Roullier
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