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Le Gardien des Âmes

Préface

 

Pour nous, Européens, la littérature nord américaine semble n'avoir commencé qu'immédiatement après la seconde guerre mondiale. Ernest Hemingway, John DOS PASSOS, John STEINBECK, William FAULKNER et tant d'autres nous ont apporté le souffle nouveau d'une littérature, faite de bruit, de fureurs et de grands espaces.

L'œuvre romanesque de James BALDWIN est, aujourd'hui, à peu près complètement traduite en français. Mais la vie de cet homme exemplaire est mal connue des Français. Né en 1924, il a souffert d'une enfance maltraitée et a été marqué d'un triple sceau de malédictions : noir, laid et homosexuel. Prédicateur à 14 ans, il cherchera dans l'Eglise comme une sorte de refuge à ce monde angoissant qu'il voyait s'ouvrir à lui.

Cet homme torturé a été un militant actif, passionné de la cause des Noirs, dont il savait bien qu'ils partageaient le même sort que tous les opprimés du monde. Comme l'a écrit Albert MEMMI, dans la fulgurante préface qu'il a rédigée pour "La prochaine fois, le feu", en 1963, "Nous savions déjà que tous les opprimés se ressemblaient : le Colonisé, le Juif, le Pauvre, la Femme…" ; James BALDWIN, par son engagement, sera, en effet, constamment auprès de ses frères d'exploitation. Et il sera aussi toujours, quelle que soit la violence faite aux Noirs aux Etats-Unis, du côté de la tolérance, de la générosité : "Et si le mot intégration a le moindre sens, c'est celui-ci : Nous, à force d'amour, obligerons nos frères à se voir tels qu'ils sont, à cesser de fuir la réalité, et à commencer à changer" écrit-il dans sa courte autobiographie.

Mais ce serait réduire James BALDWIN à un rôle de militant, certes exceptionnel, que de ne voir que cet aspect de son œuvre : cet homme est aussi un grand écrivain, et un grand ami des lettres. Dès son arrivée en France, dont il dira qu'elle lui a permis de s'affirmer comme noir, écrivain et homosexuel, il se liera à Boris VIAN, Jean-Paul SARTRE, Jean GENET, Simone de BEAUVOIR, et , bien sûr, Marguerite YOURCENAR.

Le livre d'Alain ROULLIER, s'impose dès lors comme un évidence : c'est la reconnaissance enfin accomplie de l'œuvre de James BALDWIN, c'est un témoignage hélas actuel sur les intolérances, les exclusions, et c'est une contribution remarquable sur l'histoire de la culture de nos deux grands pays : la France et les Etats-Unis d'Amérique.

Jack Lang